Et ton activité professionnelle, Martine, t’en fais quoi ?

Et ton activité professionnelle, Martine, t’en fais quoi ?

Prenons quelques instants pour interroger les proches de Martine sur son activité professionnelle. Selon eux, que fait-elle pour gagner sa vie ? Morceaux choisis :

  • « Elle traduit des livres ? »
  • « Elle travaille depuis chez elle mais je ne sais pas ce qu’elle fait »
  • « Elle enfile des perles en fuyant la réalité professionnelle »
  • « Elle est femme au foyer et fait des traductions à côté »
  • « Elle est traductrice à l’écrit, peut-être à l’oral, mais ne me demandez pas d’être plus précis »

Autant l’activité professionnelle de Martin n’empêche personne de dormir, autant celle de Martine déchaîne la perplexité.

Mais comment je gagne ma vie, au juste ?

À part vendre tout et n’importe quoi sur le Bon Coin et louer ma voiture quand je ne m’en sers pas, je tire mes revenus de mon activité de traductrice libérale à temps plein. Je travaille pour moi, depuis chez moi, selon mes conditions (normalement) et mes horaires (ahem). Mes clients sont principalement en Europe. Je ne travaille quasiment jamais pour les particuliers, qui ont la fâcheuse tendance à s’évanouir (au sens propre et figuré) dès l’étape du devis. Je suis traductrice et non interprète, et je traduis des documents institutionnels et éditoriaux (en gros, des rapports d’organisations internationales et des livres).

Traductrice indépendante Lyon Moncton Je porte même des tailleurs !

En tout et pour tout, j’ai rencontré deux clients sur la cinquantaine qui compose mon carnet d’adresse, chiffre vertigineux qui s’explique par le caractère très virtuel de mon métier. Je suis prête à parier que je n’ai même jamais parlé à certains clients au téléphone.

Du coup, quand on me demande si je vais chercher un emploi une fois au Nouveau-Brunswick, je réponds… oui et non.

  • Non car je n’en ai pas besoin pour continuer à gagner ma vie : hormis un petit décalage horaire qui m’empêchera désormais de prendre en charge les projets pour avant-hier du matin pour le soir et une domiciliation bancaire au Canada, cela ne changera pas grand chose pour mes clients actuels.
  • Oui car faire l’ourse et rester tout le temps seule chez nous, surtout en hiver, risque fort de me transformer en Jack Torrance dans un remake canadien de Shining.

Ceux qui me connaissent savent à quel point j’aime mon métier et mon statut d’indépendant. Mais ce statut a ses limites, celles de la solitude. Je possède mon petit réseau en France, mais une fois au Canada, il faudra repartir à zéro au niveau social. La société canadienne aime beaucoup le Réseau avec un grand R, et vivre en ermite travailleuse indépendante me compliquerait la tâche pour tisser un réseau professionnel et amical.

Moncton est dotée d’un espace de travail partagé qui pourrait me permettre de fréquenter d’autres professionnels, canadiens ou non. Mais il me faudra sans doute passer par la case « salariat » pour acquérir une expérience professionnelle canadienne et m’intégrer un peu plus facilement que par mes propres moyens. Cela tombe bien, Moncton est aussi dotée d’une agence de traduction qui embauche des traducteurs en interne. Je vous en reparlerai une fois qu’on aura obtenu la confirmation de la province, car je pourrai alors me lancer dans des pourparlers concrets avec cet employeur potentiel. La perspective de devenir salariée est légèrement effrayante pour moi qui n’ai connu que l’indépendance, mais ce sera une expérience formatrice, pas vrai (méthode Coué) ?

Autre question qui revient souvent : est-ce que tu vas rester immatriculée en France ? Voici une petite note sur les formalités administratives pour mon activité indépendante :

  • en France, pour être indépendant, il faut s’inscrire à l’URSSAF, au RSI et à la CIPAV, attendre trois ans des nouvelles de ces organismes, régler des cotisations tous les trimestres à tous les organismes, gérer les erreurs récurrentes des trois organismes, faire une déclaration professionnelle et faire sa déclaration d’impôts, et recommencer tous les ans.
  • au Canada, aucune formalité déclarative sous 30 000 $ de chiffres d’affaires, puis on s’inscrit à Revenu Canada. C’est en tout cas le tableau idyllique qu’on m’a brossé lors du voyage exploratoire. Ça fait rêver, non (j’ai un tout petit peu schématisé) ?

Et accessoirement, vivre dans un pays et cotiser/payer des impôts dans un autre est un non-sens, mais ça n’engage que moi.

La prochaine fois, on vous parlera de l’activité professionnelle de Martin. Ce n’est pas parce que personne ne se soucie de lui que son parcours va être un long fleuve tranquille, hein ?

Ça vous a plu ? Vous en voulez encore ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

Une réaction au sujet de « Et ton activité professionnelle, Martine, t’en fais quoi ? »

Laisser un commentaire